Dans la gueule…

…la lune est mauve de jouissance inaudible. Le temps s’effeuille d’une tendre musique s’envolant, légère et virevoltante dans un parfum de fruits récoltés à même les notes humées d’une clairière en altitude, où se retrouvent des arômes uniques qui s’échappent, rebelles et pervenches, isolées de l’ambiance paisible de la plaine et de celle plus rythmée de la ville, dans un ballet voluptueux qui alimente tous les sens et ouvre nos esprits à des plaisirs enveloppants et charnus qui sont délectables au point d’en être inavouables mais toujours aussi magiques et irréels.

Mais dans cette chorégraphie hypnotique se consument les sentiments les plus profonds et déchirants: néanmoins, au rythme de cette plainte aux accents de blues, les corps s’effleurent et les mains se cherchent mais se retrouvent dans une symbiose progressive qui se déboussole dans un axe qui heurte la carapace de tes souvenirs, te portant ainsi à ressentir une meilleure complicité envers l’autre mais aussi une profonde nostalgie venant noyer la beauté du moment présent et la fébrilité naïve des yeux émerveillés.

Le vertige se surmultipliait exponentiellement mais le présent était toujours aussi traître et dépourvue de tout bonheur réel et potentiel, ce qui faisait que ma tristesse s’accentua peu à peu mais sans jamais sombrer dans le désespoir des jours de pendus. De rage se consuma ma tête, de peine se brûla mon coeur flétrissant de plus en plus au gré des malices de saisons que le temps m’avait volé. Les coeurs décharnés se donnèrent à nouveau rendez-vous au corps malade, presque sans vie, qui sombrait sans cesse dans un délire de rire et d’étouffements aléatoires.

Un revirement de vie devenait alors nécessaire mais mes peurs et mes angoisses m’enveloppaient encore trop blessées par le voyage incessant du pendule implacable qui martèle les heures à coup d’instants arrachés à la mémoire de ces moments pénibles et invivables qui m’enfoncent littéralement dans les ronces de ma mémoire meurtrie. Les dards crevant les regrets de ces histoires jamais vécues qui envahissent mes pensées, mon coeur et mes rêves. L’horizon sembla se lever soudainement, porté par l’espoir d’un renouveau inespéré et tant désiré mais l’impossibilité présumée de ce revirement était trop prenante et tenaillait les brins de joie et de bonheur qui se consumait aux duretés cruelles de mes envies viscérales mais non partagées, ce qui blesse mon cœur et contraint ma volonté au spectre de la désillusion qui ne fait qu’alimenter ma passion et mes émotions glauques, prises au piège au-dessus de l’abîme.

Alors que les spectres se balancent au dessus de ma tête, l’arc-en-ciel de mes émotions se consume inexorablement et le prisme se brouille pour finalement se liquéfier pour couler en larmes douces sur des joues asséchées par l’actuel de ma détresse qui alimente sans cesse mes faiblesses et ma tristesse, et qui ne cesse de tourmenter mes vents acculés au pied du mur qui semble si insécable, infranchissable et impénétrable.

Je me regarde comme je suis: il me semble que mon ombre est frêle et blafarde, et que ma présence semble imperceptible et insignifiante. Ma simple présence en ce lieu me fait frissonner, je ne sais pas pourquoi ni comment y réagir et cette sensation est tellement irrationnelle, inconstante et me détourne de tous les buts que je m’étais fixé auparavant, de tous les autres rêves que j’avais imaginés dans mes errances les plus troublantes. Surgissant comme une ombre vacillante qui ondulait comme une feuille frémissante d’une troublante fragilité, une présence de plus en plus enveloppante mais suffocante frappant de toute sa verve ma grésillante paupière jaunissante qui, de palpitations irrégulières et vigoureuses, bat au rythme de mes angoisses, se fait plus sentir que jamais sans s’essouffler vainement.

La prose qui s’écrit dans mon sang transperce les caillots de mon coeur et la poésie qui s’y imprime déchiquette goulûment ma nourriture d’esprit telle une vache ruminant du long blé après un jeûne éreintant et obligé, ce qui met le feu à ma raison mais engendre un soleil dans mes pensées viscérales et sombres. Chaque rime ravage le creux de mon esprit et chaque vers anéantit mes rêves, ce qui gruge ma détermination et mon courage, même si les sons se meuvent en nous d’une beauté indicible. Pour peu que s’ébruitent les gémissements de l’âme et s’élèvent les totems de l’amour, l’espoir d’une renaissance est là mais je ne la perçois pas. L’obscurité se joue de moi et ne me permet pas d’arrimer mes yeux avec mes autres sens sans dessus dessous, et j’aspire mes aspirations en m’inspirant de la spirale de mes angoisses et mon acharnement finit encore une fois par m’indifférer. Épuisé par l’absence des signes réciproques, j’avance en pantelant les yeux larmoyants, je titube et mon regard circule de l’est à l’ouest, suivant une cadence qui berce froidement le nord de ma solitude mais qui stimule chaudement le sud de mes envies ardentes.

Ma décence, déboussolée par la girouette du désir, se dévêt doucement de tout tabou et m’exhorte à assouvir mes instincts les plus lubriques et mes envies ne sont que décuplées par l’indifférence impromptue de cet autre corps qui façonne cet improbable moment de silence. Sans crier gare, la terre se percute sur ma faim, l’eau étanche ma soif et le soleil de mes ardents désirs enflamme mes fantasmes et iode mes faiblesses. Je ne suis plus que dilapidé, répandu aux vents, dilué dans les mers et les océans, évaporé dans l’éther enivrant de mes rêves, dissout dans l’acide sulfurique de ma souffrance, sublimé par la chaleur subite, anéanti. L’oeil vacant et la pensée éparse, je m’enfonce dans les profondeurs abyssales de l’incertitude certaine, je me dévisse sur la plaine marécageuse aux sons des corbeaux de la paix.

Veillez sur moi divins ailés, je me soumets à votre parcours aérien, tel des anges nous guidant vers l’illumination ultime et apocalyptique. La fin des temps futurs approche en ovnis sereins qui sillonneront les cieux damnés de ma folie rancunière et qui crèveront les nuages paradisiaques de ma sérénité prétendue afin de m’apaiser, enivré par la légèreté des heures et par cette plénitude tant désirée et attendue depuis si longtemps . Encore fallait-il que je me connecte à mon coeur et que j’écoute mes propres désirs pour que ce bonheur tant espéré puisse s’épanouir pour longtemps.
FIN

Auteurs:

Le D.

Charlotte Russe

Anarco-Pragmatiste

MFL

Le satellite Voyageur

Grand maître des anonymes

Loup de Ville

Jeanne

Percéphone

Waaayli

Lusciousloba

Kb

(image: Jean-Paul Riopelle, La Forêt Ardente)

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