Contrebasse…

Il gravait des sons inconnus sur la page blanche du temps qui passe, il aimait bien que ses notes silencieuses se confondaient en une impression enveloppante de douce mélancolie, comme celle qui le prenait quand il dérivait sur la portée de son imaginaire. Cette portée noire et blanche, rythmait ses rêves et fournissait la clé pour solidifier sa conviction et dissiper ses doutes qui l’écartelaient, mais alimentait sa hantise envers le temps comme une pierre qui se sculpte certains sentiments inédits qui ne pouvaient qu’être masqués.

Il éculait sous l’effet des vagues puissantes et érodantes Le ressac sculpte mais use les heures qui s’effritent doucement la limaille au tapis et le son des aiguilles battant la mesure du temps sur la peau de ses tempes, l’emmenait à se perdre dans cet espace indéterminé qui le réconfortait en même temps que l’effrayait. Mais cette peur était douce et agréable pour lui, car elle lui permettait d’aller affronter ses doutes tout en le retenant de se jeter dans le vide sans filet.

Il craignait cette chute dans le vide plus que la mort. Afin de fuir ce scénario improbable, il se soumettait à cette peur paralysante mais plus sécurisante. Il a pu alors se tenir tout au bord de la falaise, regardant les vagues s’y fracasser et sentir cette pureté du vide l’enivrer, monter en lui comme un orgasme qu’il se refusait à lui-même afin de ne pas nuire à l’accomplissement de sa tâche première: une symphonie de notes. La musique le maintenait en vie, il ne vivait plus que pour elle. Les vibrations de sa contrebasse le transportent et le font voyager à la fois dans le réel et dans l’intemporel de son désir de réunir le son et la lumière sur le fil du temps qui passe pour créer une nouvelle réalité, extatique, emblématique du symbole d’une résistance à la morosité d’une société individualiste qui étouffe et ensorcelle tant de quidams.

Néanmoins, porteur d’un espoir de faire éclater la sensibilité de chaque être humain en une valse à contretemps, comme quoi l’imagination peut mener à la libération des esprits fermés et des préjugés ostentatoires qui faisaient des humains des zombies accrochés à ce fil invisible de l’inhumanité tangible. Et dans ce monde chaotique et sombre , lui et sa contrebasse se fichaient de tout et poursuivaient leur route à travers le fleuve mouvant des humains zombies sans jamais se retourner.

Ils disparaissaient, laissant planer les effluves du réaliste transitoire tout en s’accrochant aux branches de l’éternel optimisme face à la complaisance ainsi qu’à l’arbre des possibilités. Il se rendit compte en s’éloignant de la capacité de résonance de la mouvance et du poids des heures qui soulevaient sans cesse l’obsédante question: Qui suis-je? Cette question, soulevée par des notes graves, tourmentait le cerveau et la psyché de cet homme mais ce qu’il ignorait encore était que tant de solfèges ne seraient pas joués, tant de mélodies ne seraient pas entendues, que cette conclusion emmena un vague à l’âme qui nous attriste tellement que l’on se tarde à la découvrir.

Comment ramener l’harmonie du passé et du présent si le futur semble tellement désespéré que le simple fait de l’imaginer entache l’actuel et le résiduel? Dur duel que celui entre les sons et le silence mais quel profond son avec les vibrations de son sens, celui qui nous amène inéluctablement vers une sensation de transe et vient chercher notre être en ce qu’il a de plus noir et de plus perfide. Jusqu’à crever l’aiguille du chat d’un fil de pêche sans poisson pour lui.

Son âme, son repère abstrait, dépourvu de vagues et aspiré par le flot du temps, l’attendait patiemment au bout de sa vie. C’est alors que la mélodie qu’il croyait achevée, se transforma en prémisse d’un refrain que l’on fredonne parfois en voyage. Au même moment, il soupire d’extase devant sa création qui atteint progressivement un état d’apesanteur mélodieux et magique illuminant dans un même souffle toutes les notes surgissant de son instrument avant qu’elles ne se perdent subtilement dans le néant assourdi et mystérieux mais obligatoire de la fin du mur sonore, une barrière invisible qui retient dans ses fils les réponses à toutes ses questions.

Questions qui souvent causent plus de mal que de bien. D’une part sa volonté, la vibration de son instrument lui semblait ténébreux et solennel comme une messe sans fin qui n’en finit plus de crier sa peine. Mais à qui la douleur sinon qu’aux fins doigts qui tenaient l’archet et son regard transi qui imaginait l’amour de sa vie renoncer à tous les baisers et les gammes qu’il voulait composer pour lui donner le frisson d’un SI ou d’un RÉ. Elle écoutait, ça il le savait, du haut de la corniche avec tant d’ardeur, de désir et… de solitude. Ses émotions et celles du musicien ne se rejoignaient que par la do ré (e) image d’un vase communiquant, sans trop chercher à comprendre ni à douter du temps. C’est de cette façon qu’il communiquait, et qu’il se laissait porter par les vents contraires.

FIN

Auteurs:

Le D.

Le satellite voyageur

Maszellan

Charlotte Russe

Anarcho-Pragmatiste

Caulfield

Lusciousloba

Loup de ville

MFL

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